Smartphone : comment protéger les enfants dans l’espace public ?

4 février 2026

L’espace public appartient aux découvertes. Pourtant, un nouvel obstacle s’invite entre l’enfant et son terrain d’exploration : le smartphone. Qu’il soit dans les mains du jeune ou dans celles de l’adulte, cet objet transforme la perception des dangers immédiats. Aujourd’hui, la sécurité dépasse le seul Code de la route et doit englober l’attention numérique.

Smartphone enfants

Enfants et smartphones dans la rue : un danger réel

L’usage des terminaux mobiles en extérieur fabrique une bulle d’isolement qui réduit la capacité à capter les informations sonores et visuelles, indispensables pour traverser une rue ou éviter un obstacle. Dans la rue, cette baisse de vigilance allonge les temps de réaction et brouille l’analyse des distances.

L’addiction aux écrans est une réalité : les enfants et adolescents entre 6 et 17 ans, passent ainsi en moyenne 4 heures par jour devant un écran selon Santé Publique France. Et beaucoup d’entre eux se servent de leur téléphone en marchant dans la rue. Or, un enfant absorbé par une vidéo ou un jeu ne perçoit pas l’approche d’un véhicule silencieux, comme un vélo électrique ou une trottinette. Son champ de vision se rétrécit et se fixe uniquement sur la dalle lumineuse, autrement dit son téléphone. Ce que l’on appelle une vision en tunnel l’empêche d’anticiper les trajectoires des autres usagers. Les trottoirs deviennent alors des couloirs imprévisibles où surgissent portières, chiens tenus en laisse ou plots de chantier.

Les professionnels de la prévention routière observent la même tendance chez les adultes. Le piéton connecté traverse sans regarder, ralentit au milieu de la chaussée, hésite au feu vert. Les conducteurs racontent ces silhouettes penchées sur l’écran, indifférentes aux klaxons, que l’on surnomme les zombies. Sont aussi constatés :

  • Les bousculades aux heures de pointe
  • Les arrêts brusques devant une sortie de garage
  • Les traversées improvisées derrière un bus

Car la technologie crée un faux sentiment de protection et efface les réflexes élémentaires de la mobilité et de sa présence au milieu des autres.

Le concept de technoférence parentale

La sécurité de l’enfant dépend d’abord de l’adulte. Le terme de technoférence décrit l’interruption des interactions sociales par les outils numériques. Lorsqu’un parent consulte ses messages en poussant une poussette ou en marchant à côté d’un jeune marcheur, sa réactivité diminue aussitôt.

Les recherches récentes montrent que quelques secondes d’inattention suffisent pour qu’un enfant échappe à la surveillance et s’engage sur la voie publique. La présence physique ne protège plus si l’esprit s’accroche à une notification. Aux abords des écoles et des crèches, une même scène se répète : un adulte photographie, répond à un appel, rédige un message et le petit s’éloigne vers la chaussée.

Cette technoférence abîme aussi le lien éducatif. L’enfant apprend par imitation. En voyant l’adulte marcher les yeux baissés, il intègre un modèle de conduite risqué. La transmission des règles simples de sécurité des piétons, comme s’arrêter au bord du trottoir, écouter les bruits de circulation, ou attendre le signal, s’efface derrière « l’urgence » virtuelle.

Les nouveaux repères de prévention pour protéger les enfants

Smartphone : comment protéger les enfants dans l’espace public ? 1

L’interdiction dans les lieux d’accueil de la petite enfance

L’omniprésence du numérique impose des règles fermes pour protéger les plus jeunes dans les lieux partagés. L’arrêté de juillet 2025 a ainsi banni les écrans des lieux d’accueil de la petite enfance, mais la rue demeure une zone de liberté où l’autorégulation prime.

Zéro écran en marchant !

Cette consigne doit devenir un automatisme familial. Il faut ranger son téléphone dans sa poche ou son sac avant de partir et le sortir uniquement si nécessaire.

Cette règle concerne aussi les adolescents qui pensent pouvoir lire un message en avançant seulement quelques mètres. Le danger apparaît justement dans ces micro-moments.

Les écouteurs aggravent encore la perte de repères, car ils coupent le premier système d’alerte : l’ouïe. Un klaxon, un freinage ou la sonnette d’un vélo passent inaperçus.

Le trajet, un lieu de découvertes loin des écrans

Le temps passé dehors apporte aux parents une matière idéale pour enseigner la sécurité routière pour les piétons. Les parents peuvent en profiter pour montrer les feux, nommer les bruits, expliquer les priorités, décrire les dangers. Et, en laissant leur téléphone dans leur poche, ils donnent le bon exemple.

Des rues adaptées ?

Pour permettre à tous les piétons, dont les enfants, de se déplacer dans la rue sans risquer l’accident, certains pays comme l’Allemagne placent désormais des marquages au sol. Ces installations reposent sur le principe du nudge, un terme anglais qui désigne notamment les visuels qui incitent à adopter un comportement sécurisant sans jamais l’imposer par la contrainte.

Par exemple, des passages piétons aux couleurs vives captent l’attention des passants, pendant que des signaux sonores renforcent la vigilance aux carrefours. Ces aménagements urbains permettent d’apprendre la prudence en guidant intuitivement les piétons vers de meilleures habitudes.

Les risques d’accident

Les risques de l’usage du smartphone dans la rue se traduisent en réelles blessures dans les services d’urgence. Lesquels notent une hausse des accidents impliquant des piétons distraits. Les chutes contre des poteaux, les collisions avec trottinettes, les traversées hors clous se multiplient. À tel point que les assureurs intègrent désormais la distraction numérique dans leurs rapports.

Dans les hôpitaux, les médecins décrivent de leur côté des blessures typiques : entorses après un pas manqué, plaies au front contre un mobilier urbain, fractures liées à une traversée précipitée. Ces chiffres rappellent que la distraction numérique aggrave les accidents de la vie courante et complique la prévention classique.

Quelle responsabilité collective ?

Pour tenter d’endiguer ces comportements auprès des enfants et adolescents, les forces de l’ordre mènent des opérations de sensibilisation près des collèges. Une action qui part de leur constat personnel : les agents observent régulièrement des groupes entiers d’élèves avançant casque sur les oreilles, écran à la main, sans un regard pour la circulation. 

Les bénéfices cognitifs chez l’enfant d’une marche sans distraction

Si le risque physique est très important pour un jeune piéton qui regarde plus son smartphone que la chaussée, cette problématique concerne aussi les risques quant au  développement de ses facultés d’analyse.

En effet, un piéton sans téléphone sollicite sa vision périphérique et sa charge mentale, deux fonctions indispensables pour traiter les signaux de son environnement. Le regard, libéré des écrans, se fixe sur l’organisation des flux ou les repères visuels. Son attention n’étant plus captée par une interface, elle se reporte sur le paysage et les détails du parcours.

Chez les enfants, la rue est un terrain de jeu qui n’a pas besoin d’écran. Tout ce qui s’y déroule, comme le décryptage de la signalétique urbaine, stimule la mémoire spatiale de l’enfant.

Il peut ainsi se souvenir du trajet et revenir sur ses pas. Il devient ainsi plus autonome au fil du temps. Inversement, quand il est sur son écran, en plus de risquer la chute ou la collision, il se coupe de toutes ces informations indispensables à son développement. 

Conclusion

Donner aux enfants et adolescents de bonnes habitudes avec leur smartphone sur la route permet aux parents de leur rendre la maîtrise de leur chemin. C’est aussi essentiel pour le début de leur mobilité en tant que piéton, avant d’entrer dans la prochaine : l’automobile à l’âge adulte. Dans les deux cas, éloigner son smartphone de ses yeux, c’est courir moins de risques pour soi et aussi pour les autres. 

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