Quand une douleur incomprise devient une maladie

7 novembre 2019
Douleur-incomprise

Source : franceinter


D’après la société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), 12 millions de Français souffrent de douleurs chroniques et 70 % d’entre eux ne reçoivent pas de traitements et de réponses adaptés. La douleur est encore très mal comprise en France alors qu’elle est le premier motif des consultations.



Les deux médecins spécialistes de la douleur, Alain Gahagnon et Martin Winckler ont la particularité d’avoir été formés à l’écoute des patients et plaident, dans leur dernier livre Tu comprendras ta douleur (Fayard) pour une meilleure prise en compte de la douleur qui doit, selon eux, s’expliquer à travers trois dimensions essentielles de compréhension : physique, psychique et sociale.


Vous souffrez peut-être d’une douleur et personne encore, pas même un médecin, n’a su vous expliquer de quoi il s’agissait réellement, vous vous retrouvez sans solution claire… En vérité, souffrir d’une douleur persistante et incomprise, c’est d’abord souffrir d’une mauvaise prise en charge et de l’isolement dans lequel le patient se trouve.


Les diagnostics s’éternisent, la douleur persiste, le patient est isolé


En premier lieu, Alain Gahagnon explique que « bien souvent les patients commencent à avoir des douleurs à une localisation musculaire ou articulaire. Mais ces douleurs vont induire pour le médecin traitant des examens complémentaires qui ne vont aboutir à rien. Cela génère souvent une multiplicité d’examens qui reviennent négativement et qui conduisent le patient à s’interroger, voire angoisser sur cette non-explication et cette attente de réponses interminable.


La « douleur » est quand même le maître-symptôme des consultations dans toutes les disciplines confondues, c’est transversal à toutes les pathologies. Donc la prise en charge des patients qui souffrent d’une douleur inexpliquée n’est pas ce qu’elle devrait être ».


Si le médecin n’apporte pas de réponse et de diagnostic clairs, le patient peut se retrouver à errer pendant un certain nombre d’années avant que le diagnostic soit fait.


Alain Gahagnon ajoute que « quand on passe d’une douleur aiguë, un simple signal d’alarme, à une douleur chronique, qui s’étend au-delà de trois mois, on est dans une autre appréhension. On va être obligé de vivre avec un symptôme qui va avoir un retentissement affectif émotionnel et comportemental sur le long terme. Il va envahir sa vie du fait des douleurs quotidiennes, va impacter directement sa vie professionnelle, familiale avec, toujours, la nécessité de faire reconnaître cette douleur. D’autant que souvent elle n’est pas immédiatement reconnue par l’entourage familial et plonge le patient dans un état d’isolement ».


Vers une culture de l’indolore ?


D’après Martin Winckler « nous vivons dans une culture où la douleur n’est pas un symptôme qu’on croit sur parole », c’est un fait très particulier à la culture française : la considération de la douleur par les médecins dépend souvent du contexte sociologique dans lequel nous vivons :

En quelque sorte, les médecins autorisent, ou non, le patient à exprimer s’il doit avoir mal ou non


Une vision qui tend davantage à penser que la douleur est rédemptrice et tout à fait normale dans la condition humaine, une coutume qui juge qu’il est tout à fait normal de savoir endurer la douleur

Le fait qu’une personne qui souffre se voit proposée un argument tel que « c’est dans votre tête », c’est inadmissible, changez de médecin tout de suite !


C’est le mélange d’une attitude pleine de préjugés (dont les femmes sont d’ailleurs les premières victimes), un certain nombre de médecins pensent que ce qui ne correspond pas à ce qu’ils savent n’existe pas. Il y a là un préjugé de classe qui domine souvent, inhérent au fait que pendant très longtemps les médecins étaient formés pour se penser comme une élite et se pensaient supérieur aux patients. Pendant ce temps-là, la douleur, elle, persiste.


Les hypocondriaques ou le résultat d’un manque de clairvoyance


Cette mauvaise prise en charge tend à renvoyer le patient face à l’incompréhension de sa douleur qu’il est le seul à endurer, et face aux mauvaises spéculations qui peuvent le conduire à un état d’angoisse qui le dépasse et est loin d’arranger les choses. C’est comme ça que l’on créé, d’après Martin Winckler, des hypocondriaques : « ce sont essentiellement des gens anxieux qui n’ont jamais vraiment été rassurés et qui, à partir du moment où on leur expliquerait comme il se doit ce dont ils souffrent, verraient leur(s) angoisse(s) diminuer ».


Un ressenti de la douleur inégal


Une autre cause d’incompréhension de la douleur de la part des médecins est souvent de la mésestimer dans la mesure où elle n’est pas ressentie de la même manière chez chacun. Sans compter que le seuil de perception de la douleur est plus vite atteint chez les femmes que les hommes :


Martin Winckler explique que « les médecins ne sont pas encore complètement tout à fait formés pour entendre et prendre conscience du fait que comme c’est une expérience intime, il n’y a pas de comparaison qui tienne entre les personnes car chacun le vit différemment ».


Alain Gahagnon appuie le propos en affirmant que « la douleur est une perception qui va être différente d’une personne à l’autre car le vécu de chacun est différent, on n’est pas égaux devant la douleur, il y a certes une différence sur le plan de la génétique, sur le plan du sexe car les femmes sont plus sensibles à la douleur, elles sont victimes d’une fréquence de douleur plus importante que les hommes, cette perception a des ressentiments importants sur le plan émotionnel ».


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