Cinq recommandations de l’OMS pour « préserver sa santé mentale »

23 mars 2020
Cinq recommandations de l'OMS pour "préserver sa santé mentale" 1
Santé mentale

Alors que la France entre dans sa deuxième semaine de restrictions des déplacements et de confinement de la population, l’Organisation mondiale de la santé donne ses conseils pour préserver sa santé mentale.

Si on suit les modèles chinois ou italiens, plusieurs semaines de confinement à domicile s’annoncent. Mais à tourner en rond chacun chez soi, parfois loin de ses proches, en étant peut-être en chômage partiel… L’ennui et l’angoisse montent vite.

La perspective de fortes conséquences d’ordre psychologique sur les citoyens concernés par ces mesures a rapidement été anticipée par les institutions de santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui dépend de l’ONU, a donc émis des recommandations pour préserver sa santé mentale durant cette épreuve. Astrid Chevance, psychiatre et doctorante en épidémiologie à Paris, est actuellement en train de les traduire, avec des collègues, pour que la France puisse les appliquer au mieux. Elle les commente pour nous.

Prendre soin les uns des autres

 « Se protéger et se soutenir les uns les autres » : l’organisation appelle à la solidarité de la population avant tout, en proposant notamment de donner son numéro de téléphone à ses voisins, ou à des personnes qui peuvent avoir besoin d’une aide supplémentaire. Elle incite aussi à « trouvez des occasions de partager des histoires positives et pleines d’espoir à propos de personnes qui se sont rétablies suite au Covid-19 ».

De manière générale, « être en lien avec les autres », est primordial pour passer cette crise. Il est important de créer ou maintenir le contact avec ses proches mais aussi avec des personnes âgées ou isolées, qui ne doivent pas rester sans lien social durant cet intense moment de stress. « Les personnes âgées, qui présentent parfois des troubles cognitifs, peuvent être plus stressées voire agressives », prévient Astrid Chevance. « Il faut essayer d’être très clair, avec une information adaptée sur la situation en cours ». Il faut aussi s’assurer que nos aînés ont les médicaments nécessaires, sans dévaliser les pharmacies. « C’est déraisonnable d’aller prendre des mois et des mois de traitements, une avance de quinze jours suffit », explique la psychiatre.

Il faut également éviter la prise d’alcool et de psychotropes. « Ce sont des stratégies qui peuvent sembler payantes sur le moment pour réduire le stress, mais à long terme c’est désastreux », assure le Dr Chevance. L’euphorie provoquée par ces substances laisse généralement place à une « descente » dure à briser lorsqu’on ne peut pas sortir de chez soi ou s’aérer l’esprit. Pour faire baisser son anxiété, une réaction normale dans cette situation, l’OMS recommande de privilégier le dialogue, la réalisation d’activité et des exercices physiques compatibles avec le confinement, comme notamment la relaxation.

Réinventer et maintenir une routine quotidienne

Les recommandations de l’OMS préconisent d’ailleurs qu’en cas de confinement, il faut « essayer de maintenir une routine proche de la routine habituelle ». Autrement dit, éviter la grasse mat, s’habiller, s’activer et manger à des heures fixes, éviter les excès. En effet, même si l’on est tenté, mieux vaut éviter le grignotage à longueur de journée. A la fois pour ne pas dérégler notre hygiène de vie, mais surtout car une augmentation des rations alimentaires ne serait pas sain avec la baisse d’activité dûe au maintien à domicile.

Astrid Chevance, médecin psychiatre à Paris, insiste aussi particulièrement sur l’importance de « ne pas décaler son cycle veille-sommeil ». C’est encore une fois bien tentant, mais ce n’est pas parce qu’on a pas d’obligations le matin qu’il faut veiller jusqu’à l’aube. « Il faut se lever, ouvrir les volets, essayer de faire rentrer le plus de lumière possible dans l’habitation et maintenir une activité physique de base, y compris si l’on reste complètement à l’intérieur », précise-t-elle. « Si on reste allongé sur un lit jour et nuit, des troubles du sommeil peuvent apparaître ou s’intensifier ».

« Les enfants sont particulièrement attachés à leur routine », ajoute la psychiatre. Cette situation de confinement peut être très déboussolante pour eux. Alors avec ses petits à la maison, il faut imaginer un emploi du temps pour le travail scolaire, pour les activités de création, pour jouer avec le reste de la famille, pour se reposer, etc. « Il faut aménager quelque chose qui ressemble à leur quotidien, inventer une nouvelle routine pour que lorsqu’ils se lèvent, ils sachent à peu près ce qui les attend dans la journée, et le lendemain », conseille le Dr Chevance.

Etre à l’écoute des enfants

« En temps de stress et de crise, il est fréquent que les enfants recherchent plus d’affection et sollicitent davantage leurs parents », prévient Astrid Chevance, en s’appuyant toujours sur les recommandations de l’OMS. « Ils peuvent être collants, sans réussir à verbaliser leur stress », explique la psychiatre. Pour débloquer la parole et les inquiétudes des plus jeunes, « il est nécessaire de parler du Covid-19 en étant sincère, honnête et en utilisant un vocabulaire approprié pour leur âge », annonce l’OMS.

« Il ne faut pas balayer les angoisses des enfants mais comprendre ce qui les tracasse, en gardant à l’esprit que leurs inquiétudes ne sont pas toujours celles des adultes », continue la doctoresse. Un enfant de 3 ans pourra être triste de voir son magasin de jouets fermé. Un enfant de 8 ans pourra avoir peur que ses camarades meurent de l’épidémie. Un enfant de 13 ans pourra être démoralisé à l’idée de ne plus voir son amoureux ou amoureuse durant des mois. La meilleure solution, en parler et proposer des solutions : appeler les amis, les proches pour lesquels ils se font du souci par exemple. Il faut d’ailleurs éviter de séparer les enfants de ceux qui s’occupent d’eux habituellement. Et si des périodes longues de séparation sont tout de même à prévoir, il faut idéalement maintenir un contact régulier avec la famille, avec des appels quotidiens.

Se préserver de la surinformation

« Il faut minimiser le temps passer à regarder, lire ou écouter les informations qui vous font sentir anxieux et stressés ». Une recommandation dans le top 3 des conseils prodigués par l’OMS. Selon l’organisation, il est préférable d’aller chercher de l’information « pratique » sur les sites officiels des autorités nationales ou des instances internationales, « pour vous organiser et pour vous protéger vous et vos proches ». 

« Cela n’aide en rien de rester devant la télé à se faire du souci », confirme le Dr Chevance. Elle souligne qu’il est par ailleurs préférable de « limiter son actualisation des infos à un ou deux moments dédiés dans la journée ». Une façon de se préserver des rumeurs et des fake news, et de se concentrer sur le factuel sans être submergé. « Connaître les faits peut aider à réduire la peur », mais « un flot continu d’informations peut angoisser n’importe qui », rassure l’organisation de l’ONU. 

Changer de regard sur le virus

L’OMS consacre deux premiers paragraphes de ses recommandations sur la santé mentale, aux préjugés et aux idées néfastes accusant les personnes infectées par le virus d’être responsables de l’épidémie. « Le Covid-19 s’est répandu dans de nombreux pays. Cela n’a pas de lien avec l’ethnicité ou la nationalité. Soyons empathique avec tous ceux qui sont affectés dans quelque pays que ce soit », rappelle ainsi l’organisation. Le racisme anti-asiatique qui s’est renforcé en France depuis l’arrivée du virus témoigne particulièrement de ces allégations concernant des populations soit disant porteuses du virus. « Les personnes affectées par le Covid-19 n’ont rien fait de mal et ils ont besoin de notre soutien, de compassion et de bienveillance », insiste l’organisation.

« C’est dans la nature humaine de chercher un responsable, des coupables, de mettre la faute sur d’autres pays, d’autres cultures », regrette pour sa part le Dr Chevance. « Ce n’est pas constructif, il vaut mieux mettre son énergie à respecter les consignes et lutter contre le virus », conseille-t-elle. La psychiatre rappelle également qu’un virus « n’a pas d’intentions, il frappe tout le monde, se fiche des frontières ».

De la même façon, l’OMS propose d’éviter de parler des personnes malades comme des « cas de Covid 19 » ou des « familles Covid 19 », des propos stigmatisants et déshumanisants. « Il vaut mieux parler de personnes », confirme Astrid Chevance. Des personnes qui ont le coronavirus, qui sont soignées pour, ou qui en ont guéri. Elle traduit la principale raison à cela ainsi : « Après l’épidémie, leur vie professionnelle, familiale et affective reprendra. Il est important de séparer la personne de la maladie. »


Source : LCI

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